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Une femme écrit à la main dans un carnet posé sur ses genoux, assise près d’une fenêtre dans la lumière douce du matin

Mémoire et souvenirs Personnes endeuillées et leurs proches

Écrire son deuil : par où commencer

Écrire après une perte peut aider certaines personnes, sans effet garanti. Les recherches suggèrent un bénéfice moyen modeste, variable selon les interventions. Voici quatre amorces pour commencer et des repères pour respecter votre rythme.

Il y a des choses qu’on ne peut pas dire à voix haute. Pas par pudeur : parce que les dire suppose un interlocuteur, une réponse, un visage en face qui encaisse. La page, elle, ne répond pas et n’a pas besoin d’être ménagée.

L’écriture est devenue, pour beaucoup de personnes endeuillées, le seul endroit où déposer ce qui ne se raconte pas. La recherche confirme qu’elle aide — modestement, et à condition de savoir s’y prendre. C’est ce « comment » qui fait toute la différence.

Ce qui agit vraiment

Ce que l’écriture fait vraiment

L’idée qu’écrire soulage a été mesurée. Une méta-analyse de treize essais randomisés, publiée en 2025, conclut à un effet réel mais modeste de l’écriture expressive sur l’intensité du deuil, et un peu moindre sur la dépression qui l’accompagne.

La méta-analyse citée observe des effets plus élevés dans les groupes comportant davantage de séances ou un retour d’un thérapeute. Cela ne garantit pas le même bénéfice pour chaque personne ni pour les exercices proposés ici.

Un angle, une durée et une première phrase peuvent faciliter le départ. Ce sont des appuis pour écrire, sans preuve que ce cadre convienne mieux à tout le monde. Vous pouvez aussi choisir une forme libre, ou ne pas écrire.

Un cadre peut aider à commencer ; votre rythme reste le repère.

Les amorces suivantes sont des propositions éditoriales. Elles ne constituent pas un programme thérapeutique validé et peuvent être adaptées ou interrompues.

Vérifié auprès de 1 Research on Social Work Practice, 2025

Quatre amorces

Quatre amorces pour commencer

La difficulté n’est presque jamais l’envie d’écrire : c’est la page blanche, et le sentiment qu’il faudrait bien écrire. Voici quatre entrées, chacune avec sa première phrase, à recopier telle quelle.

  1. 20 minutes, une seule fois

    Ce que je n’ai pas dit

    Pour ce qui est resté en suspens : une dispute non réglée, un merci jamais formulé, une question sans réponse. Écrire à la deuxième personne, comme une lettre, même si elle ne partira pas.

    Première phrase Il y a une chose que je n’ai jamais réussi à te dire, c’est…

  2. 15 minutes, quand la mémoire s’efface

    Une journée ordinaire

    La mémoire garde les grands moments et laisse filer les petits, qui sont pourtant ce qui manque le plus. Raconter une journée sans événement : les gestes, les heures, les phrases répétées.

    Première phrase C’était un mardi comme les autres. Le matin, tu…

  3. 20 minutes, à reprendre

    Ce que je porte maintenant

    Un deuil change ce qu’on fait et ce qu’on croit. Nommer ce qui a été transmis — une manière de cuisiner, un mot, une exigence — remet du mouvement là où il n’y a que de la perte.

    Première phrase Il y a une chose que je fais comme toi, sans y penser :…

  4. 10 minutes, chaque soir

    La journée d’aujourd’hui

    Le journal quotidien ne cherche rien : il enregistre. Sa valeur apparaît à la relecture, des mois plus tard, quand on mesure un chemin parcouru sans s’en être aperçu.

    Première phrase Aujourd’hui, ce qui a été le plus difficile, c’est…

Précision

Ces amorces sont des propositions éditoriales pour commencer à écrire. Elles ne constituent pas un programme thérapeutique validé. Vous pouvez les adapter, vous arrêter ou choisir une autre forme de soutien selon ce qui vous convient.

Vérifié auprès de 2 Advances in Psychiatric Treatment, 2005

Un carnet ouvert et un stylo posés sur une table de bois près d’une fenêtre, une écriture manuscrite couvre la page de gauche

Quatre formes

Quatre formes, quatre usages

Au-delà de l’exercice ponctuel, l’écriture prend des formes durables, et elles ne servent pas à la même chose. Les confondre explique bien des abandons : on tient un journal en espérant l’effet d’une lettre, et l’on s’arrête faute de résultat.

Aucune ne réclame de talent littéraire. Le protocole de recherche le dit explicitement à ses participants : ne pas se soucier de l’orthographe, de la grammaire ni de la construction des phrases, et continuer d’écrire jusqu’au bout du temps prévu.

Ce que chaque forme dénoue

  • Le journal : enregistrer, et mesurer le chemin à la relecture
  • La lettre au défunt : dire ce qui est resté en suspens
  • Le récit ou le poème : donner une forme à ce qui n’en a pas
  • Le carnet de souvenirs : sauver les détails que la mémoire lâche

Vérifié auprès de 2 Advances in Psychiatric Treatment, 2005

Un lien qui tient

Un lien qui se maintient

Écrire chaque soir, déposer une lettre sur une tombe, rouvrir un carnet à chaque date anniversaire : la régularité transforme l’exercice en rituel, et le rituel donne un cadre au chagrin plutôt que de le laisser surgir n’importe quand.

Longtemps, entretenir un lien avec le défunt a passé pour le signe d’un deuil non résolu. Les travaux de Klass, Silverman et Nickman, à partir de 1996, ont renversé cette lecture : ces liens continus sont aujourd’hui tenus pour une dimension normale et adaptative du deuil, et leur rupture n’est pas la condition d’une reconstruction réussie.

Écrire à quelqu’un qui n’est plus là n’est donc ni une fuite ni un déni. C’est une manière de tenir ensemble deux choses également vraies : cette personne compte encore, et elle ne reviendra pas.

Vérifié auprès de 3 Université du Québec à Chicoutimi, 2025

Une main dépose une lettre pliée au pied d’une pierre tombale fleurie, dans la lumière basse de l’après-midi

Les précautions

Ce qu’il faut savoir avant de s’y mettre

Écrire fait d’abord mal. Le constat est constant dans la recherche : l’effet immédiat de l’écriture expressive est une augmentation de la détresse, de l’humeur négative et parfois des symptômes physiques. Cette poussée est brève et ne s’est pas révélée dommageable à plus long terme, mais mieux vaut s’y attendre que la découvrir.

Tout le monde n’y a pas intérêt. L’exercice s’est montré contre-productif chez des adultes ayant subi des maltraitances dans l’enfance, et chez certains vétérans souffrant d’un état de stress post-traumatique. En cas d’antécédent traumatique, mieux vaut n’écrire qu’accompagné.

Enfin, l’écriture ne remplace pas un soin. Si la douleur ne bouge pas au fil des mois, si elle empêche de tenir le quotidien, il ne s’agit plus d’un chagrin à mettre en mots mais d’une souffrance à faire évaluer.

Vérifié auprès de 2 Advances in Psychiatric Treatment, 2005 4 CN2R — Centre national de ressources et de résilience

Seul, puis à plusieurs

Pour soi d’abord, avec d’autres ensuite

  1. D’abord pour soi

    Une page que personne ne lira

    Le premier temps de l’écriture ne s’adresse à personne. Rien n’oblige à conserver ce qui est écrit, ni à le relire : certains brûlent leurs pages, d’autres les gardent sans jamais les rouvrir. La destination n’est pas le sujet.

    Cette liberté est ce qui permet d’écrire ce qui ne se dit pas : la colère contre le mort, le soulagement, la honte d’aller mieux. Une page destinée à être lue se censure d’avance.

  2. Puis, si l’on veut

    Des mots qui circulent

    Vient parfois le moment de partager : un texte lu dans un groupe de parole, un carnet montré à la famille, un recueil collectif. Des associations comme JALMALV ou Vivre son deuil animent des groupes où cette lecture a sa place.

    L’effet cherché n’est plus le même. Il ne s’agit plus de déposer, mais de rompre l’isolement — et de découvrir, en lisant les autres, que ce qu’on croyait anormal est largement partagé.

Vérifié auprès de 5 JALMALV 6 Vivre son deuil

À retenir

À retenir

Les études disponibles suggèrent un effet moyen modeste de l’écriture expressive sur le vécu du deuil. Les résultats varient selon les interventions ; les exercices de cet article ne reproduisent pas un programme thérapeutique validé.

Aucune forme n’est supérieure aux autres : le journal enregistre, la lettre dit ce qui n’a pas été dit, le récit donne une forme, le carnet sauve les détails. Aucune ne demande de savoir écrire.

Écrire peut faire remonter des émotions difficiles. Vous pouvez vous arrêter, choisir une autre forme de soutien ou demander l’aide d’un professionnel, sans attendre un délai particulier.

Trois questions qui reviennent

Questions fréquentes

Pas pendant l’écriture : la consigne des protocoles est d’écrire sans s’interrompre jusqu’au bout du temps prévu. La relecture vient plus tard, à distance, et c’est elle qui fait apparaître le chemin parcouru. Rien n’oblige à conserver les pages.